Le Roc-aux-
Sorciers

Introduction

Nommé le « Lascaux de la sculpture », le Roc-aux-Sorciers est un abri sous-roche occupé à plusieurs reprises au cours du Magdalénien, il y a 15000 ans. Il se situe dans la Vienne à 1,5 km d’Angles-sur-l’Anglin, un des plus beaux villages de France, et se développe sur la rive droite de l'Anglin au pied de hautes falaises calcaires. Des sculptures pariétales monumentales exceptionnelles repérées sur plus de 50 mètres en font sa renommée. Elles ont été réalisées au sein même de l’habitat des Magdaléniens offrant un lieu où art pariétal et occupations quotidiennes étaient étroitement liés.

Historique des recherches

Lucien Rousseau découvre le gisement en 1927 et publie l’occupation magdalénienne qu'il y reconnaît (Rousseau, 1933). En 1948, Suzanne Cassou de Saint-Mathurin reprend des fouilles de façon intensive jusqu'en 1957. Avec Dorothy Garrod, elle découvre la frise sculptée dès 1950 et publie plusieurs articles. Le site est classé au titre des monuments historiques le 18 janvier 1955. À son décès en 1991, Suzanne de Saint-Mathurin lègue le site et les collections à l'État. La continuité de l’étude est assurée, à sa demande, par Geneviève Pinçon, qui publie en 1997 avec Ludmila Iakovleva, la frise sculptée encore in situ, et poursuit les recherches avec une équipe pluridisciplinaire et de jeunes chercheurs.

Topographie

L’abri s’ouvre plein Sud, au pied d'une falaise calcaire haute d’une quarantaine de mètres. Il se développe sur près de 50 mètres et peut être divisé en trois secteurs. La partie amont dite cave Taillebourg présente un encorbellement profond, de type cave dont le plafond orné s’est entièrement effondré à l’époque magdalénienne. À l’aval, une zone intermédiaire constitue une réserve archéologique. Enfin, l'abri sous-roche sculpté dit abri Bourdois de faible profondeur s'étend sur une vingtaine de mètres. 

 

Chrono-stratigraphie

L’occupation du site a pu être décrite dans les deux secteurs fouillés. La stratigraphie la plus développée est celle mise en exergue par Suzanne de Saint-Mathurin devant la frise sculptée encore in situ. Elle présente une longue séquence dont un premier ensemble se rattache au Magdalénien supérieur (autour de 12000-10000 ans) avec des traces d'occupations suggérant de brefs séjours des chasseurs-cueilleurs. Le second, scellé par l'effondrement de blocs, est attribué au Magdalénien moyen (autour de 15000 ans) et se retrouve également dans la cave Taillebourg. Les traces d'occupations s'avèrent plus denses au Magdalénien moyen, temps des sculpteurs.

Contexte archéologique

Plusieurs occupations archéologiques ont pu être décrites, mais les fouilles étant anciennes, leur durée et fréquence ne peuvent malheureusement être abordées avec précision. La faible épaisseur, la discontinuité des couches du Magdalénien supérieur ainsi que le mobilier archéologique qui leur est associé, attestent d'occupations sporadiques telles que des haltes de chasseurs. Cependant, l'épaisseur des couches d'occupation attribuées au Magdalénien moyen ainsi que l'étude, notamment de la faune, révèlent des occupations de longue durée. L’étroite association entre les traces relevant d'occupations domestiques et les éléments symboliques (parure, art mobilier et art pariétal) place ce gisement dans une fonction particulière, différente de celle de « sanctuaire » souvent attribuée aux grottes profondes ornées. 

Dispositif pariétal

Le dispositif pariétal du Roc-aux-Sorciers est connu essentiellement sur deux secteurs, en amont sur le plafond malheureusement effondré de la cave Taillebourg, en aval sur le fond de l'abri Bourdois. Cette répartition est liée aux secteurs fouillés. Un sondage de Suzanne de Saint-Mathurin a permis de détecter également l'amorce de sculpture pariétale entre ces deux secteurs, au niveau de la réserve archéologique. Plus loin, dans la partie aval du site, une sculpture n'est pas encore entièrement dégagée. Elle laisse supposer la continuité en profondeur et en longueur du dispositif pariétal au delà de 50 mètres de long. 

Se distinguent, un ensemble discret de gravures pariétales que viennent entamer les sculptures monumentales. L'analyse de l'ensemble sculpté montre une organisation par registres et par thèmes, autant en fond d'abri que sur le plafond. Plusieurs retailles illustrent des reprises.